Chaque fois qu’un promeneur entend un coup de feu dans la campagne française, un frisson parcourt les sentiers forestiers. La crainte généralisée de ne pas se trouver au bon endroit au bon moment est tout aussi importante que la surprise du bruit. Face à cela, des millions de personnes ont clairement voté pour l’interdiction de la chasse le dimanche. Pourtant, malgré cette vague de protestations, le gouvernement n’a pas dévié de sa position.

La décision de renoncer à une interdiction nationale a été prise en janvier 2023. Confronté à un problème politiquement et émotionnellement délicat, le gouvernement a opté pour une approche différente : réglementer la chasse plutôt que l’interdire purement et simplement, en mettant en œuvre une stratégie en 14 points pour renforcer la sécurité. L’objectif affiché de zéro accident est à la fois nécessaire et ambitieux.
Contexte clé sur la demande d’interdiction de la chasse le dimanche en France
| Élément | Détail |
|---|---|
| Proposition publique | Interdire la chasse le dimanche pour sécuriser les espaces naturels |
| Soutien populaire | 80 % des Français sont favorables (sondage IFOP, décembre 2022) |
| Décision gouvernementale | Rejet d’une interdiction nationale en janvier 2023 |
| Argument de l’État | Aucune donnée ne montre plus d’accidents les dimanches |
| Réponse politique | Mise en place de 14 mesures de sécurité en remplacement |
| Mesures adoptées | Sanctions accrues, formations régulières, appli mobile, signalisation |
| Acteurs clés | Gouvernement, FNC (chasseurs), Un Jour Un Chasseur, élus locaux |
| Incidents notables | 90 accidents en 2021–22, 8 décès, dont un en Corse récemment |
Certaines de ces nouvelles mesures sont particulièrement ingénieuses. Par exemple, l’interdiction de chasser en état d’ivresse ou sous l’influence de stupéfiants est cohérente avec le code de la route. En matière de sécurité, cette mesure est essentielle et réclamée depuis des années. Une stratégie complémentaire, plus axée sur la technologie, consiste à déployer une application mobile permettant aux randonneurs de visualiser en temps réel les zones de chasse actives.
De plus, des sanctions plus sévères sont prévues en cas d’accident grave, une signalisation routière uniforme est installée sur l’ensemble du territoire, et des formations pratiques et des stages de recyclage sont obligatoires tous les dix ans. Ensemble, ces mesures constituent un cadre réglementaire visant à encadrer la chasse et à en réduire les risques de tragédie.
Cependant, cette approche ne répond pas entièrement à l’objectif initial. Nombreux sont ceux qui aspirent à une journée de calme et de tranquillité. Le dimanche semble, par essence, le jour idéal pour cela. Les familles profitent de ce jour, les randonneurs explorent les sentiers et les enfants jouent librement dans les bois. Certains estiment que la présence d’armes à feu compromet cette liberté.
Certaines municipalités ont choisi de prendre des mesures locales. Souvent avec l’accord des chasseurs, les maires ont instauré des interdictions partielles ou totales de chasse le dimanche afin d’apaiser les tensions. Bien que ces accords locaux soient rares, ils démontrent qu’un compromis est possible lorsque la communication et l’écoute priment sur les conflits idéologiques.
Le débat national reste cependant vif. Le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, a catégoriquement dénoncé l’idée d’une interdiction de la chasse le dimanche, la jugeant impensable. Il considère une telle mesure comme une atteinte directe à la vie rurale. Il estime que la distinction entre promeneurs urbains et chasseurs ruraux est culturelle, voire identitaire.
Face à cette forte opposition, les écologistes et des organisations comme Un Jour Un Chasseur poursuivent leur mobilisation. Grâce à des pétitions ayant recueilli plusieurs centaines de milliers de signatures, ils sont parvenus à inscrire la question à l’ordre du jour du Sénat. Ils militent pour un jour par semaine afin de garantir un usage paisible et partagé de la nature, une approche plus pragmatique qu’idéologique.
Le sujet est complexifié par les chiffres disponibles. Ces vingt dernières années, les statistiques font état d’une baisse notable des accidents de chasse. Huit des 90 accidents survenus durant la saison 2021-2022 ont été mortels. Compte tenu du nombre de chasseurs, ce chiffre reste faible, mais chaque incident tragique est relayé par les médias, ce qui renforce le sentiment de risque permanent.
De plus, ces événements sont bien réels. Récemment, en Corse, un homme de 84 ans s’est accidentellement tué en chargeant son fusil dans sa voiture. Ce type de tragédie, pourtant parfaitement évitable, ravive l’angoisse collective.
À ce stade du débat, je me suis souvenu d’une conversation entendue dans un train entre deux randonneurs à propos de leurs projets pour le dimanche : « On n’ira plus dans certains coins, c’est trop risqué… » Cela suffit à vous obliger à modifier votre itinéraire, même si c’est inhabituel. La simplicité résignée de cette phrase m’a vraiment touché.
Le pari du gouvernement sur la coexistence plutôt que sur la séparation est particulièrement remarquable. C’est un risque en termes de responsabilité, de transparence et de réglementation. Un risque que les randonneurs soient rassurés et que les tensions soient maîtrisées par de nouvelles normes et technologies. Cette stratégie est indéniablement moderne, mais elle repose aussi sur la conviction implicite que toutes les parties prenantes peuvent respecter la réglementation.
Cette approche pourrait s’avérer extrêmement fructueuse à long terme. La France pourrait se réinventer en combinant discours locaux, formation et technologies.