Une pétition qui, partie d’un appel local, finit par mobiliser tout un continent, a quelque chose d’étonnant. C’est précisément ce qui s’est produit lorsque Protect Our Winters Switzerland a lancé « Préservons la fraîcheur des glaciers suisses » fin 2025. Conçue pour inciter à des réglementations plus strictes sur les émissions nationales, elle a désormais battu tous les records de signatures pour les initiatives climatiques de la région.

Pour des millions de personnes, les glaciers alpins sont bien plus que de simples étendues de glace ; ils sont des symboles de beauté et d’émotion. Des générations de familles suisses y ont forgé leurs souvenirs, des randonneurs ont parcouru leurs flancs glacés et, pendant des décennies, des enfants ont dessiné leurs contours déchiquetés lors des cours de géographie. Leur recul témoigne d’une relation changeante avec la terre elle-même, et pas seulement d’une fonte des glaces.
Pétition pour sauver les glaciers alpins
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom de la pétition | Garder les glaciers suisses au frais |
| Organisé par | Protect Our Winters (POW) Suisse |
| Date de lancement | Fin 2025 |
| Objectif de la pétition | Réduire les émissions suisses pour protéger les glaciers alpins |
| Alerte scientifique | Études prévoyant jusqu’à 97 % de perte des glaciers sans action climatique urgente |
| Importance culturelle | Les glaciers suisses sont essentiels pour l’identité nationale, l’eau, le tourisme et l’écosystème |
| Record atteint | Nombre de signatures record pour une pétition climatique en Suisse |
Des centaines de milliers de personnes, parmi lesquelles des agriculteurs, des retraités, des artistes et des scientifiques, avaient signé la pétition à la mi-janvier 2026, franchissant ainsi une étape incroyable. Cette augmentation est due à une prise de conscience collective – peut-être subtile – qu’un élément essentiel est en train de disparaître, et non au marketing viral ou au soutien de célébrités.
Le message de la pétition est très clair : la Suisse doit réduire significativement ses émissions nationales au lieu de simplement compenser la différence en finançant des projets de compensation carbone à l’étranger. Bien que politiquement avantageuses, ces compensations permettent, selon les militants, à la pollution de se perpétuer sur le territoire national tout en déplaçant la responsabilité vers l’étranger. En revanche, réduire les émissions localement présenterait des avantages immédiats, notamment une meilleure efficacité énergétique, un air plus pur et – surtout – une chance de ralentir le recul des glaciers.
Les glaciers suisses ont reculé à un rythme alarmant ces dix dernières années. Certaines formations plus petites ont perdu plus de 60 % de leur volume, selon les glaciologues. Les prévisions sont sombres pour les plus grands, comme l’Aletsch et le Rhône, qui pourraient perdre la quasi-totalité de leur masse d’ici la fin du siècle si des mesures drastiques ne sont pas prises. Ce sont des réalités quotidiennes que tout randonneur sur les sentiers alpins peut constater ; ce ne sont pas des modèles théoriques.
En 2013, je suis allée au glacier Morteratsch avec un ami, et j’y suis retournée en 2025. Il nous a fallu près de trente minutes de plus pour atteindre le même endroit, car le sentier menant au pied du glacier était beaucoup plus escarpé. C’était comme constater le passage du temps.
De nombreux témoignages, joints aux signatures de la pétition, reflètent cette expérience : silencieuse, saisissante, intime. Une monitrice de ski de Davos a exprimé son inquiétude, dans une lettre, que ses jeunes élèves ne puissent jamais goûter à la sensation de dévaler une neige fraîchement tombée. Les récoltes sont déjà affectées par l’évolution du régime des eaux de fonte, selon un agriculteur tessinois. Une jeune fille de Lausanne a dessiné une image d’elle-même dans le futur, debout près d’une flaque d’eau marquée « ancien glacier ».
Les organisateurs ont créé un mouvement qui s’appuie à la fois sur des preuves et sur la passion, en intégrant ces histoires à leurs présentations publiques et à leurs campagnes. Cette double stratégie s’est avérée extrêmement efficace pour capter l’attention d’un public qui, autrement, pourrait se sentir indifférent aux politiques climatiques. Presque tout le monde ressent le manque de neige là où elle était autrefois abondante, même sans lire les rapports du GIEC.
Les décideurs politiques s’intéressent également à ce programme, notamment ceux qui représentent les régions alpines où la prévisibilité des saisons est essentielle à l’agriculture et au tourisme. Les autorités cantonales des Grisons et du Valais ont commencé à constituer des groupes de travail pour étudier comment la législation régionale pourrait intégrer les propositions de la pétition, telles que des limites d’émissions plus strictes pour le secteur de la construction ou des incitations pour les entreprises qui optent pour des sources d’énergie durables.
Cette campagne est particulièrement novatrice car elle ne considère pas l’action climatique comme une question bureaucratique ou abstraite. Elle établit plutôt des liens entre les comportements quotidiens – comme le chauffage, la consommation et les déplacements – et la longue chaîne de conséquences environnementales. Elle élargit le débat aux foyers, aux mairies et aux salles de classe en présentant la préservation des glaciers comme un effort national plutôt que comme une préoccupation environnementale spécialisée.
Bien sûr, il subsiste des sceptiques. Les critiques affirment que même des mesures nationales énergiques ne suffisent pas à enrayer les tendances mondiales plus générales. D’autres font remarquer que les pétitions aboutissent rarement à des changements législatifs rapides. Ces deux arguments sont valables. Cependant, ils ne tiennent pas compte de l’objectif stratégique de la pétition, qui est de fédérer la volonté publique plutôt que de produire des résultats immédiats. Et à cet égard, le projet a déjà porté ses fruits.
L’intérêt hors de Suisse s’est également accru grâce à cette dynamique. Des organisations environnementales françaises, italiennes et autrichiennes ont commencé à collaborer sur des campagnes communes afin de faire pression sur les dirigeants européens pour qu’ils imposent des réglementations internationales plus strictes en matière d’émissions de carbone.