Brillante, convaincante et signée par des centaines de personnes, la pétition, qui a débuté par une simple feuille bleue sur un écran, a dépassé le stade de la campagne pour devenir un mouvement de fond, touchant bien au-delà des cercles militants côtiers.

Forte de plus de 114 000 signatures et soutenue par OceanCare, Greenpeace et un nombre croissant de scientifiques, cette initiative vise à la fois à renverser le postulat de base et à enrayer la dégradation des océans. Au lieu que les manifestants démontrent la nocivité de leurs activités, les acteurs industriels devraient prouver le contraire. Ce renversement de situation juridique pourrait avoir de graves répercussions.
Protection des océans et initiatives récentes
| Élément clé | Détail |
|---|---|
| Sujet principal | Campagne pour intégrer la protection des océans dans la Constitution |
| Principaux porteurs | OceanCare, Greenpeace, Varda Group, Tara Ocean Foundation |
| Pétition phare | « Because Our Planet Is Blue » avec plus de 114 000 signataires |
| Revendications | Moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds, fin de la pêche destructrice |
| Objectif global | Créer des sanctuaires marins, interdire les activités nuisibles, rééquilibrer les lois |
| Outils juridiques visés | Traité global pour les océans, Conférence des Nations Unies sur l’océan (UNOC3) |
| Idée innovante | Principe de protection : inverser la charge de la preuve sur les industriels |
| Horizon temporel | 2030 : protéger 30 % des océans conformément à l’engagement de la COP15 |
L’une des idées novatrices proposées est le « Principe de Protection ». Exigeant une justification avant toute autorisation, il cherche à redéfinir l’exploitation marine, à l’instar des études d’impact environnemental qui ont redéfini le secteur de la construction. Selon les militants, cela permettrait d’éviter des dommages irréparables, notamment ceux causés par des activités comme le forage pétrolier en mer et l’exploitation minière en eaux profondes, dont les conséquences peuvent être silencieuses mais permanentes.
Il y a bien plus qu’un simple enthousiasme populaire derrière ces protections juridiques. Afin de gagner en visibilité et d’obtenir des engagements concrets, les campagnes ont associé leurs revendications à des plateformes internationales telles que la COP15 et la Conférence des Nations Unies sur les océans. L’objectif « 30×30 », qui vise à préserver 30 % des océans d’ici 2030, est l’un des plus commentés. Certes, il est ambitieux, mais de plus en plus considéré comme essentiel.
Lors d’une réunion à Nice, où les décideurs débattaient de l’avenir de la gestion des océans, une déléguée d’une petite île du Pacifique a interrompu une présentation. Elle a montré une photo granuleuse, prise avec son téléphone, mais éloquente. Son grand-père pêchait pieds nus sur un littoral jonché de plastique. Simple et brute, cette image en disait plus long que nombre de diapositives scientifiques présentées ensuite.
Je n’ai pu m’empêcher de me demander combien de législateurs saisissent réellement la portée émotionnelle de ces pétitions.
Certaines des recommandations les plus pertinentes issues de ces idées ont également rencontré un franc succès. Par exemple, réduire la vitesse des navires peut considérablement diminuer le nombre de collisions avec les baleines. Pour les espèces sensibles, la réduction de la pollution sonore a significativement amélioré les conditions de reproduction. De plus, l’application stricte des interdictions de chalutage de fond protège des écosystèmes fragiles dont la restauration peut prendre des générations.
Le fait que ces efforts soient présentés comme tournés vers l’avenir plutôt que comme contraires aux intérêts économiques constitue peut-être leur atout le plus convaincant. Ils n’appellent pas explicitement à l’arrêt de toutes les activités maritimes. Ils exigent plutôt des connaissances, des preuves et une responsabilisation. Parmi les soutiens inattendus que ce cadre a su attirer, on compte notamment des investisseurs du secteur technologique soucieux des risques environnementaux à long terme.
Grâce à des alliances stratégiques, la pétition est passée d’un cri du cœur écologiste à un instrument d’ingénierie civique et juridique. Les organisateurs simplifient le plaidoyer et la mise en œuvre en s’appuyant sur des océanographes, des représentants des peuples autochtones, des juristes et de jeunes militants. Cette méthode, très adaptable, commence à susciter l’intérêt des milieux juridiques, notamment en Europe.
Tous les regards sont tournés vers la France, où une pétition similaire, lancée en début d’année, a soulevé la possibilité d’inscrire la sécurité écologique dans la Constitution, tandis que les États-Unis restent moins impliqués dans le débat constitutionnel. Bien que cette proposition n’ait pas abouti, elle a posé des bases solides. Les discussions, auparavant théoriques, sont désormais intégrées aux notes d’information législatives.
L’opinion publique demeure largement favorable, notamment chez les jeunes. Les campagnes sur les réseaux sociaux, avec les hashtags #BlueConstitution et #ProtectOurOceans, suscitent un engagement constant. Des courts métrages comparant fréquemment des récifs endommagés et des récifs sains ont rencontré un vif succès. Le message est clair : la protection des océans est une question de survie, pas de sensibilité.
Cependant, l’opposition persiste. Selon certains parlementaires, inscrire des idéaux écologiques dans les constitutions pourrait mener à des impasses juridiques. D’autres mettent en garde contre des répercussions imprévues sur des secteurs comme le tourisme, la pêche et le transport maritime. Les auteurs de la pétition affirment que des cadres juridiques bien définis peuvent améliorer la planification à long terme et réduire l’ambiguïté réglementaire.
La clarté est tout aussi importante que l’audace pour les premières étapes de l’élaboration d’une législation. La pétition OceanCare est très claire à cet égard. Elle évite l’abstraction, privilégie les résultats quantifiables et replace la responsabilité au cœur du dispositif. Elle vise à transférer la responsabilité – avec exactitude et conviction – plutôt qu’à embarrasser.
Les défenseurs de cette cause restent néanmoins optimistes quant à la possibilité que ces stratégies juridiques se traduisent par des garanties juridiquement contraignantes dans les années à venir. Une coordination plus étroite entre les États membres de l’UE et certaines alliances du Pacifique a déjà été observée lors des négociations autour de l’Accord mondial sur la protection des océans.