Une énergie curieuse imprègne les abords des arènes antiques, où un groupe de militants distribue des tracts, tels des jardiniers semant les graines des fleurs à venir. Ils sont convaincus que le changement prend du temps, mais qu’il peut se développer avec patience et attention. Depuis des mois, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, ils se rassemblent ici pour poser une question qui paraissait autrefois inconcevable à beaucoup : la corrida doit-elle être définitivement reléguée au passé ?

Ceux qui militent pour une interdiction totale de la corrida la présentent comme une question de décence et d’empathie. Ils voient dans les capes ornées et les costumes chatoyants un simple prétexte à un rituel qui soumet les taureaux à un stress, des blessures et une mort croissants pour le plaisir humain depuis des siècles, plutôt qu’une manifestation de mérite artistique. Ces militants affirment que les lois devraient être mises à jour pour refléter l’évolution des mentalités concernant le bien-être animal, car la limite éthique a été franchie depuis longtemps.
Mobilisation pour l’interdiction des corridas
| Élément principal | Détail |
|---|---|
| Pratique visée | Corridas (spectacles taurins impliquant un taureau) |
| Objectif de la pétition | Interdire définitivement les corridas |
| Porteurs du mouvement | Associations de défense des animaux, militants, citoyens |
| Argument central | Considérées comme cruelles et incompatibles avec le respect des animaux |
| Réformes récentes | Réduction de la violence dans certains spectacles, p. ex. à Mexico |
| Opposition | Défense culturelle, tradition historique, emplois liés à la tauromachie |
À l’inverse, les défenseurs de la corrida la décrivent comme un élément culturel intrinsèquement lié aux identités régionales, notamment dans le sud de la France, au Mexique et en Espagne. Selon eux, la cérémonie du matador et du toro s’apparente à un rite coutumier, une performance transmise de génération en génération. Ils évoquent la tradition, la créativité, et même l’économie, soulignant comment les festivités liées à la corrida peuvent dynamiser le commerce local, le tourisme et les moyens de subsistance qui en découlent.
Pourtant, ces deux perspectives ne sont pas aussi éloignées qu’il n’y paraît. Un profond attachement transparaît dans le langage employé par les deux camps : l’un prône la compassion, l’autre la tradition. Ce point commun rend le débat particulièrement intéressant et, parfois, étonnamment personnel. Je me souviens d’un jeune militant aux côtés d’un couple plus âgé lors d’une manifestation. Tous trois avaient le sentiment que quelque chose évoluait dans le rapport entre tradition et normes éthiques contemporaines, malgré leur désaccord sur la question des corridas. C’était comme assister à un dialogue intergénérationnel sur l’adaptation à un nouvel environnement social.
Des événements récents illustrent parfaitement cette évolution. Un nouveau style, préservant le spectacle sans recourir aux lames, a été introduit à Mexico lorsque le congrès local a décidé d’interdire la violence associée à la corrida traditionnelle. Selon le règlement révisé, les matadors ne sont autorisés qu’à porter des capes, leurs spectacles ne peuvent durer que 15 minutes et les cornes des taureaux doivent rester couvertes. Après cela, au lieu d’être mis à mort, les animaux sont relâchés dans leurs ranchs. Ce fut un tournant important pour les défenseurs des droits des animaux ; ce n’était pas tout ce qu’ils espéraient, mais cela marquait une rupture nette avec une pratique séculaire.
La décision a été saluée par les militants comme une « amélioration notable » vers la réduction des souffrances. L’interdiction de poignarder et de tuer dans l’arène est un progrès significatif, selon Anton Aguilar, directeur exécutif de Humane World for Animals Mexique. Cependant, il a également souligné, avec subtilité mais fermeté, qu’« une corrida sans violence n’est pas une corrida sans souffrance ». Cette déclaration traduit l’optimisme mesuré du mouvement, qui est plein d’espoir mais conscient de la nécessité de changements plus profonds.
Les traditionalistes ont rapidement réagi. Les corridas sans effusion de sang ont été expérimentées, mais largement abandonnées ailleurs, notamment aux Baléares en Espagne, faute d’intérêt, selon des représentants du secteur, dont l’avocat Salvador Arias. Ils affirment que supprimer le risque et les instruments traditionnels prive le spectacle de sa raison d’être, le comparant à une pièce de théâtre sans conflit. Ce point de vue témoigne d’un véritable attachement à la continuité historique.
Des enjeux philosophiques côtoient des enjeux pragmatiques. Certaines régions ont bâti leur économie sur les festivals, l’hébergement et les activités liés à la saison taurine. Les opposants à l’interdiction craignent que la suppression des corridas traditionnelles ne perturbe les économies locales et n’entraîne le départ des travailleurs, une préoccupation particulièrement pertinente dans les petites communautés où les alternatives sont rares.
Cependant, les partisans de l’interdiction soulignent que la culture a toujours évolué. La langue, la musique et même les droits juridiques ont évolué au gré des réévaluations culturelles des coutumes établies. Ils soutiennent qu’être ouvert au changement permet d’intégrer des convictions profondes à des comportements dont les individus et les communautés peuvent être fiers, plutôt que d’effacer leur identité.
En proposant des festivals culturels hybrides qui mettent à l’honneur l’équitation, la musique traditionnelle, la danse et la gastronomie régionale sans le spectacle de la maltraitance animale, certains militants adoptent une approche très créative. Ces rassemblements sont présentés comme des ponts entre l’histoire et une époque plus sensible à cette cause. D’après les premiers retours des villes où ces événements ont été expérimentés, ils se sont révélés « remarquablement efficaces » pour attirer un public qui ne s’intéressait pas auparavant aux corridas.